Le 8 mai 2004, le « Breitling Super Constellation », un Lockheed L.1049 Super Constellation immatriculé N-73544 sous registre nord-américain (HB-RSC depuis le 28 avril 2007), s'est posé, pour la première fois, et après être passé par Le Bourget, sur l'EuroAirport Basel-Mulhouse-Freiburg, où il est désormais basé. Comme dans les années 50, ce mythique avion à hélices qui arbore fièrement son élégant fuselage et son triple gouvernail de direction fait le bonheur de ses admirateurs qui pourront le voir revoler à l'occasion de différents meetings européens et le visiter sur des salons de l'aviation.
Moteur de 1953 « comme neuf » au XXIe siècle - 18 cylindres en double étoile. Cylindrée totale de 55 litresPhoto D520
Fait étrange, cinq moteurs Wright 3350 du Constellation ont été trouvés par hasard (!) chez un ferrailleur Belge qui les avait entreposés et oubliés depuis des années au fond de sa cour - les moteurs étaient entreposés dans des containers étanches remplis d'azote pour les protéger de la corrosion, ils sont comme neufs. Ces moteurs avaient subi une révision générale (Remise à neuf) par Air France au début des années 60 et on peut y voir la marque CRC avec la Crevette appliquée au pochoir.
Le moteur Wright R3350-18 « Cyclone » fut l'un des moteurs en étoile les plus puissants produits aux États-Unis. Il fut initialement fabriqué pour le Boeing B-29 sur une évolution du R-2600 de 14 cylindres. Il était en avance sur son époque : système d'injection directeLa première désignation civile du L-049-R3350 était R3350-745C18BA1, moteurs conventionnel à carburateurs. Une des modifications effectuées après l'accident de Reading, Pennsylvanie, fut le remplacement des carburateurs par un système d'injection faisant passer la référence à R3350-745C18BA3. Cette modification éliminait aussi, de manière radicale, les problèmes de givrage qui avaient causé tant de problèmes et été à l'origine de plusieurs incendies. dans les cylindres avec deux pompes à injection ; une pour chaque étoile. Le carburant débité par le « Master Control » est réparti entre les deux pompes qui l'injectent, sous haute pression, dans chacun des cylindres via un injecteur monté sur la culasse.
Le système d'allumage est assez particulier. Il comporte une magneto (alternateur) qui alimente en basse tension deux distributeurs. L'un pour les bougies avant des 18 cylindres et l'autre pour les bougies arrières. Sur chaque cylindre les deux câbles basse tension alimentent une bobine haute tension double d'où sortent de très courts câbles haute tension pour les deux bougies de chaque cylindre. Cela limite, en altitude, l'effet corona sur le circuit d'allumage. Il fut très vite mis à disposition du mécanicien navigant un système analyseur des étincelles des bougies nommé « Spark Analyzer », Analyseur de Moteur Sperry (Sperry Engine Analyzer Ignition Patterns) qui permettait de déterminer les défauts, non seulement des bougies, mais aussi du circuit d'allumage complet.
Ce moteur est pourvu d'un couplemètre (torquemeter) qui transmet, sur le tableau de bord, la mesure d'une pression d'huile (torque pressure) dont la valeur est liée au couple moteur. L'indication de la « torque pressure » (1) permet, en combinaison avec la commande du carburateur (Commande de mélange ou mixture control), la recherche, en croisière, du point de meilleure économie.
(1) Nommée BMEP (Brake Mean Effective Pressure) est un des paramètres déterminant le couple. La formule utilisée pour calculer la puissance (Horse Power) est HP = (BMEP x RPM) / 236. 236 étant une constante pour les moteurs R3350 (3350 pouces cube de cylindrée, soit 54,8967 litres).
| Avion | Caractéristiques moteur | Type et puissance (Décollage) |
|---|---|---|
| L.049 | Réducteur hélice 0,4375:1 | R-3350-049C18BA-1 : 2200 HP à 2800 tpm (R-3350-35 militaire) |
| L.649 à L.749A | Idem plus : Pour remédier aux problèmes de surchauffe, les réservoirs d'huile sont désormais dans les ailes et non plus dans les nacelles et leur capacité passe de 47 à 56 gallons (118 à 212 litres) | R-3350-749C18BD1 : 2500 HP à 2800 tpm (R-3350-75 militaire) |
| L.1049 | Idem | R-3350-956C18CA1 :2700 HP à 2900 tpm Poids :2850 lbs (1293 kg) R-3350-975C18CB1 : 2800 HP à 2900 tpm |
| L.1049A à E L.1049G & H | Idem plus introduction du « Turbo Compound » comprenant trois turbines disposées à 120° et mécaniquement connectées à l'arbre d'hélice. Chaque turbine étant alimentée par les gaz d'échappement de six cylindres. | R-3350-975TC18DA : 3250 HP à 2900 tpm R-3350-975TC18EA : 3400 HP à 2900 tpm (R-3350-34 &-42 militaire) |
| L.1649A | Idem mais avec apport réducteur hélice de 0,35:1 | R-3350-988TC18EA2 : 3400 HP à 2900 tpm Poids : 3440 lbs (1560 kg) |
| HP = Horse Power | 1,34 HP = 1 kW = 1,36 CV | CV = Cheval Vapeur |
|---|---|---|
| Puissance nécessaire pour élever un poids de 550 livres à une hauteur de un pied en une seconde = 745,699 W | Puissance nécessaire pour élever un poids de 75 kg à 1 mètre de hauteur en 1 seconde = 735,499 W |
| Militaire | Civil | Turbo Compound | Injection Eau | Année | Avion | Puissance HP |
|---|---|---|---|---|---|---|
| R-3350 | R3350-B5 | 1940 | Lockheed L.049 | 2200 | ||
| R-3350-13 | 670-18A1 | 1942 | Lockheed L.249 | |||
| R-3350 | 670-18BA1 | 1944 | Lockheed C69 | 2200 | ||
| R-3350 | 670-18BA2 | 1944 | Lockheed C69 | 2200 | ||
| R-3350 | 670-18BA3 | 1944 | 2200 | |||
| R-3350-33 | 711-18BA1 | 1942 | Lockheed C69 | 2200 | ||
| R-3350-35 | 711-18BA2 | 1944 | Lockheed C69 | 2200 | ||
| R-3350 | 711-18BA3 | 1944 | Lockheed C69 | 2200 | ||
| R-3350-35A | 711-18BA4 | 1945 | Lockheed C69 | 2200 | ||
| R-3350-35A | 739-18BA1 | 1945 | Lockheed L.049 | 2200 | ||
| R-3350 | 739-18BA2 | 1946 | Lockheed L.049 2200 | |||
| R-3350 | 743-18BA1 | 1945 | Lockheed L.049 | 2200 | ||
| R-3350-75 | 744-18BD1 | 1949 | Lockheed C121A | 2200 | ||
| R-3350 | 745-18BA1 | 1945 | Lockheed L.049 | 2200 | ||
| R-3350 | 745-18BA3 | Lockheed L.049 | 2200 | |||
| R-3350 | 745-18BA4 | 1957 | Lockheed L.049 TWA | 2200 | ||
| R-3350 | 749-18BD1 | 1952 | Lockheed L.649 L.749 | 2500 | ||
| R-3350-31 | 786-18BB1 | 1944 | Lockheed L.049 | |||
| R-3350 | 787-18BA1 | 1944 | ||||
| R-3350 | 787-18BA3 | 1944 | ||||
| R-3350-34 | 872-18DA1 | X | Lockheed L.1049 C | 3250 | ||
| R-3350-32W | 878-18DA1 | X | Neptune P2V5/V6 L.849 | 3500 | ||
| R-3350-91 | 923-18DA2 | X | 1956 | Lockheed C121C RC121D | 3250 | |
| R-3350 | 952-18BD1 | 1945 | Lockheed L.649 | |||
| R-3350 | 956-18CA1 | 1951 | Lockheed L.749B L.1049 | |||
| R-3350 | 956-18CA | Lockheed L.1049 | 2700 | |||
| R-3350 | 970-18DA2 | X | Douglas DC-7 | 3250 | ||
| R-3350 | 971-18CA1 | 1949 | Lockheed L.1049 | |||
| R-3350 | 972-18DA1 | X | 1955 | Lockheed L.1049B L.1049C | 3250 | |
| R-3350 | 972-18DA1 | X | Douglas DC-7 | 3250 | ||
| R-3350 | 972-18DA3 | X | 1954 | Lockheed L.1049G | 3250 | |
| R-3350 | 972-18DA4 | X | Douglas DC-7 | 3250 | ||
| R-3350 | 974-18CB1 | 1951 | Lockheed L.1049 | |||
| R-3350 | 975-18CB1 | 1952 | Lockheed L.1049 | 2800 | ||
| R-3350 | 988-18EA1 | X | X | Douglas DC-7C | 3700 | |
| R-3350-TC-EA1 | 988-18EA1 | X | Canadair CP-107 Argus | |||
| R-3350 | 988-18EA2 | X | 1956 | Lockheed L.1649A | 3400 | |
| R-3350 | 988-18EA3 | X | 1956 | Lockheed L.1049G | 3400 | |
| R-3350 | 988-18EA4 | X | Douglas DC-7C | 3400 | ||
| R-3350 | 988-18EA6 | X | 1957 | Lockheed L.1049H | 3400 | |
| R-3350-8A | Lockheed Neptune P2V1 | 2300 | ||||
| R-3350-24W | X | Lockheed Neptune P2V2 | 2800 | |||
| R-3350-26W | X | Lockheed Neptune P2V3 | 3200 | |||
| R-3350-26WA | X | Douglas AD Skyraider | 2700 | |||
| R-3350-30W | X | X | Lockheed Neptune P2V4 | 3250 | ||
| R-3350-30W | X | X | Martin P5M "MARLIN" | 3250 | ||
| R-3350-30W | X | X | Fairchild C119 Packet | 3250 | ||
| R-3350-32WA | X | X | Lockheed Neptune P2V7 | 3700 |
Principe d'un Wright 3350 Turbo-Compound
Le moteur Wright R-3350 Turbocompound (3250 HP au décollage) était une évolution du Wright « Cyclone » de 18 cylindres. Il fut d'abord mis au point sur le Lockheed P2V « Neptune » mis en service en 1951. Sur ce moteur, trois turbines d'échappement, dénommées PRT (Power Recovery Turbine), une par groupe de 6 cylindres, ajoutent leur puissance à celle du moteur. La consommation était réduite de 20% et la puissance augmentée d'autant. Lockheed monta ce moteur sur le Super Constellation 1049 alors que son concurrent, Douglas, en équipait le DC-7.
Le revers de la médaille était toutefois constitué par les grandes flammes qui s'échappaient des moteurs en fonctionnement jusqu'à atteindre le bord de fuite de l'aile. Ces flammes, outre qu'elles endommageaient la structure métallique de l'aile, offraient un spectacle particulièrement impressionnant, surtout de nuit, qui n'était pas de nature à rassurer les passagers ! Un partie de ce problème fut résolu en installant un blindage épais autour de chaque turbine.
Tampon « Crevette » C.R.C. au pochoir sur les moteurs révisés par Air France
C.R.C. pour Centre de Révision de Courbevoie. C'était le centre d'entretien et de révision des moteurs (à piston) des avions d'Air France.

Entretien moteur en piste sur le L.749 F-BAZP. Deux techniciens travaillent sur les cylindres du haut et un autre sur l'hélice à pas variable électrique Curtiss
Air France révise 1 100 moteurs d'avion
Courbevoie, 30 avril 1949
Air France n'utilise sur ses avions que des moteurs américains. A chaque type de moteur, le constructeur a fait correspondre un potentiel. C'est l'estimation du temps durant lequel le moteur peut tourner sans qu'on ait à remplacer ses pièces. Par exemple, le moteur Wright C-18BA de 2 200 ch doit être révisé toutes les 850 heures, alors que le C-18BD peut tourner 1 000 heures avant d'être révisé. Jusqu'à présent, les Pratt &Whitney R-2000 des DC-4 étaient entretenus par Hispano-Suiza. Les R-1830 des Languedoc et DC-3 furent confiés à d'autres ateliers et l'expérience fut désastreuse. En juillet 1948, Air France décidait de créer son propre atelier. Le centre de révision de Courbevoie (CRC) est en préparation. Ce sont les anciens ateliers Anzani qui ont été rachetés et que l'on modernise. Le processus mis au point est exemplaire. Les moteurs seront introduits par un sas afin d'éviter que les poussières extérieures pénètrent dans l'atelier. Ils seront d'abord lavés à la vapeur, fixés à un bâti monté sur un chariot, puis démontés sur trois chariots spécialement construits pour le CRC. Les 2 500 pièces de chaque moteur seront alors nettoyées grâce à un procédé chimique dans des cuves. Pour le décalaminage, il est prévu d'utiliser un jet de noyaux d'abricot concassés, procédé moins abrasif que le jet de sable. La cadence normale devrait être de quinze moteurs par mois. Le premier moteur révisé doit sortir en juillet 1949.
Le 3 mars 1963, le 9000e moteur révisé sortait du CRC.
De la même manière il y avait :
Tampon CRO-IB
Jusqu'en 1966, les deux entités CRO-RA et CRO-IB, étaient installées à Orly-Nord, dans le bâtiment nommé « Les Écoles », car c'était une ancienne école de la commune d'Orly. Ce bâtiment existe toujours, maintenant rénové, et on l'appelle toujours Les Écoles, mais il est numéroté 29 sur les plans. Il abrite, entre autres, le CE Orly-Nord, les locaux pour les enfants des "Mercredis" et la salle des spectacles où j'ai fait mon « pot » de départ.
| Type | Début | Fin | Nombre |
|---|---|---|---|
| C18A | 03-1938 | 08-1941 | 15 |
| C18BA | 12-1941 | 04-1947 | 14019 |
| C18BB | 02-1943 | 10-1945 | 190 |
| C18BC | 03-1946 | 09-1946 | 8 |
| C18BD | 02-1946 | 10-1952 | 1657 |
| C18C | 01-1947 | 11-1952 | 2233 |
| TC18DA | 01-1952 | 08-1958 | 7823 |
| TC18EA | 10-1955 | 08-1961 | 3236 |
| Total fabriqués : 29181 Pas uniquement pour les Constel's | |||